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Vue de l'exposition "No man's land" © Jems Robert Koko Bi Courtesy Galerie Cécile Fakhoury - Abidjan

Jems Robert Koko Bi No man’s land
Exposition du 13 février au 2 avril 2015, vernissage le vendredi 13 février de 18 à 21h.
Une performance de l’artiste, en collaboration avec le violoniste Jean-Philippe Audoli, aura lieu le soir du vernissage.

Se rassembler, un sens en partage.
C’est d’une rencontre qu’est née cette collaboration entre la galerie Cécile Fakhoury et l’artiste sculpteur Jems Robert Koko Bi. Le lieu, sa géographie permet à l’artiste de restituer, de consolider son passé dans les sillons de sa fabrique actuelle. Il choisi alors de prendre position dans un espace de travail commun, un chantier urbain ouvert dédié au bois. Une possible table de discussion entre hommes, entre matériaux, au cœur de la ville. Loin de sa forêt en Allemagne, qu’il a su apprivoiser depuis qu’il y vit et y travaille, Jems Robert Koko Bi est pourtant ici, de retour chez lui.

A ciel ouvert en bordure de lagune, zone portuaire, Plateau.
Des amas de bois, de tailles, de forme, de traces, d’usures, de coupes différentes dessinent des montagnes. Un bruit incessant de machines, une odeur d’essence et de sciure nous plongent dans la réalité physique de l’artiste dans la réalisation de ses sculptures. Dans ce fracas c’est le travail, la force qui lie la matière à l’homme, il n’y a plus que ça, le bois et ce qu’il deviendra.

Cette parenthèse dans l’atelier-chantier de Jems Robert Koko Bi durant la préparation de son exposition No man’s land est essentielle. Dans cet espace et dans ce temps de création, l’artiste qui n’a plus travaillé à Abidjan depuis trente ans, renoue avec la complexe sensation d’y être resté.

Une tête inachevée. C’était un tronc, pas très grand, et dans un temps, dans un mouvement, la mécanique du corps opère. Lentement, franchement, le premier geste au loin de la main, les bras soulevant, portent à bout de force le traceur de pensée. C’était l’outil et le support de Jems Robert Koko Bi: une tronçonneuse et un bois dur. En de multiples balancements, assourdis par les éclats et le bruit, un visage sort de la souche. Il est extirpé par la main mécanisée, compréhensive. Il a toujours existé, il était simplement caché au monde. Le geste révèle la forme. En rythme, avec douceur, l’artiste semble caresser par touches la surface qu’il transforme à chaque passage. Il réveille l’élément avec une précision intuitive et maitrisée. Une danse armée d’un poing de fer dans un souffle de tendresse.

Une barque aux cent figures, ‘’Homeless’’, porte la marque de la fragilité et l’engagement de l’artiste à reproduire une embarcation, à recréer l’habitacle du rêve. C’est une narration qui interroge son devenir, en transit, quelque part. Jems Robert Koko Bi produit une œuvre aux identités multiples, la structure est démontable, les masques sont mis en scène, invités à être ensemble entre les planches. Rassemblés, en groupe, mais sculptés par des mains différentes.

Un tête à tête. Jems Robert Koko Bi se lie avec son tronc, celui qu’il a choisi, qu’il a reconnu. Il y a du respect, et un dialogue entre eux deux. Chaque bois détient son histoire, elle inspire, induit l’idée de la forme et guide sa main. Dans cette intimité, l’artiste nous raconte, il révèle le contenu de l’arbre mort. Sa nouvelle vie prend l’apparence d’une chaise en déséquilibre, disproportionnée, imposant son pouvoir. Avec ses têtes de bois calcinées, Jems Robert Koko Bi créé une galerie de portraits. Incrustés dans un mur, nous fixant dans un vacarme visuel, la variété de contours, de formes et d’expressions tenant d’un même pan.
Retransformant la matière, il dessine des nuques, des silhouettes à l’extrémité d’un tronc. Celui-ci est percé, creusé au milieu. ‘’Troncommun’’ est une ronde, un cercle à peine ouvert pour laisser voir et respirer les personnages en son centre.

No man’s land est une longue marche à travers l’œuvre de Jems Robert Koko Bi, elle offre une vision large de son travail. C’est cette terre sans but, sans hommes, une partie oubliée du monde qu’il nous invite à traverser et peut être à recréer. Paisiblement ses préoccupations sur l’histoire passée et présente se lient, elles font sens ensemble, et sont réunies, ici, à Abidjan pour la première fois.