Métamorphose #5
Métamorphose #5
Vue de l'exposition ''Anima''
Vue de l'exposition ''Anima''
Transfert #1
Vue de l'exposition ''Anima''
Séparation #3
Vue de l'exposition ''Anima''
Vue de l'exposition ''Anima''
Embryonnaires #5
Vue de l'exposition ''Anima''
Mutation
Métamorphose #5 Pastel sur papier 51 x 65 cm 2016 © Sadikou Oukpedjo

La galerie Cécile Fakhoury présente pour la première fois une exposition personnelle de l’artiste togolais Sadikou Oukpedjo. Anima rassemble ses sculptures en bois et en céramique, ses dessins au pastel sur papier et ses peintures. Un travail sur le corps, sur le souffle de l’esprit qui se manifeste et s’exprime dans une dualité mi-homme, mi-animal. Ses représentations sont chargées ou traversées par l’invisible et sa puissance, par l’inconnu et le caché. L’homme analyse le monde, modèle la nature, cherche à connaître les secrets dont il pourra user. Il est magicien, maître, illusionniste, savant, quand l’essence de la vie inévitablement se métamorphose et transcende le monde des idées.

A travers les contes, les mythologies, les objets s’animent et les animaux sont doués de parole. La cosmogonie, les rites, la sorcellerie, sont autant de tentatives et d’outils créés par l’homme, conscient de sa double-nature, pour accéder à sa propre connaissance. L’exposition Anima explore la relation de l’homme à une forme animale, de l’animal à une forme humaine. Dans un questionnement intérieur sur le commencement, l’évolution et l’affirmation de soi, l’artiste retranscrit les étapes de ces révolutions. Il brusque les images fabriquées, inventant d’autres possibles, ceux qui lui sont permis de percevoir.

Fresques. Ses peintures sont les traces d’une histoire, de l’imaginaire contenu dans les récits populaires. La bête sous laquelle se cache une âme humaine. L’épreuve: la transformation vers l’archétype de l’animal. Sadikou Oukpedjo dessine les contours d’un surgissement refoulé. Il saisit ce qui gronde et pointe cet entre-états. Tout se fige dans ses sculptures extraites de l’arbre.

A l’intérieur de ses scènes peintes le sujet tend à l’effacement, par moment la silhouette semble tomber, sombrer, disparaître dans une lutte, un duel entre deux entités. à d’autres instants c’est une révélation, la figure jaillit, on la sent presque dire l’affirmation de sa pleine existence. La matière, les formes sont des mues vers une nouvelle composition du vivant. Le processus, le mouvement de la transformation est traduit dans ce travail polymorphe qui imprime les marques de la mutation du corps physique et de sa psyché.

Des crânes, des corps indéfinis progressent peu à peu vers la substance. Dans cette représentation de l’insaisissable, l’apparence en miroir emprunte une caractéristique, des traits particuliers, les signes d’une identité parcellaire. Par le portrait d’une créature proche de nous et hybride, l’œuvre sème le doute sur son ascendance. L’artiste transpose l’histoire de l’exode à travers l’image de la tête pensant trouver le lieu du repos, la finalité.

L’installation au centre de la galerie est composée de dizaines de visages émaillés, glissants sur un seul chemin rythmé par leur avancée, tentant de fuir ou de se rapprocher les uns des autres. Ce dispositif créé un dialogue en plusieurs temps, à plusieurs voix d’un même corps éclaté. Par strates, sur les planches de bois usagées, cette éclosion est décortiquée à la manière empirique d’un scientifique qui cherche à distordre la réalité pour trouver une vérité absolue. Têtes blanches, lisses, sur un chemin escarpé, abrupt. L’ensemble suggère une ligne tout en remous et lenteur, prête à engloutir le tout.

Les pastels sur papier, les sculptures monumentales en extérieur, les grandes toiles, les gravures, les céramiques et les pierres taillées reflètent un état intérieur, dans le silence tortueux de l’entre soi-même. Cette étude morphologique, anatomique a trait au spirituel. Le geste et l’expressivité de l’œuvre de Sadikou Oukpedjo sont aussi répétitifs et précis que spontanés. Ses formes sont guidées par des doutes et des appréhensions du monde tel qu’il le perçoit. Le monde animal représente pour lui une source de questionnements indispensables à l’homme pour trouver sa place dans nos sociétés. L’homme mécanise toute sa production aujourd’hui, après avoir utilisé l’animal pour s’élever vers un progrès, perdant parfois certaines valeurs, traditions et préceptes de la nature.

La créature que Sadikou Oukpedjo fait exister dans ses œuvres constitue une archive de la conscience humaine traversée par la question de son origine primaire, pour tendre vers un devenir incertain.