Akila di yoney
Akila di yoney
Capitale wallah région
Mbolo #2
Werou waye
Akila di yoney Acrylique sur toile 160 x 130 cm 2017 © Kassou Seydou

La galerie Cécile Fakhoury est heureuse de présenter Kings of the new cities, la première exposition personnelle de l’artiste sénégalais Kassou Seydou à Abidjan.

Une écriture représentée par une ligne se démêle et s’organise sous les pinceaux de l’artiste. Partant du constat que tout est écriture et l’écriture, une ligne déformée, Kassou Seydou la conceptualise par la reproduction de formes circulaires constantes. Son travail, poétique et proche de la narration, dévoile sa vision d’un monde altéré et complexifié. En percevant et en pointant ces dysfonctionnements, Kassou Seydou avec sa palette chaude et ses personnages animés révèle un monde en désordre.

La conscience de l’artiste est peuplée de références, de symboles, de signes ésotériques, d’animaux, d’esprits et de fétiches. Cette dimension mystique, liée à sa petite enfance et ses séjours en Casamance, construit sa réflexion et son regard sur la société. Attaché à la terre et ses origines, la vision de Kassou Seydou met au cœur d’un fonctionnement harmonieux de la société la nature et plus spécifiquement l’agriculture. Source de mécontentements, de frustrations et de conflits, l’épuisement des ressources et l’accroissement des inégalités structurelles sont des observations récurrentes. Pour Kassou Seydou, il est urgent de placer l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, et l’économie à leur service. La terre, le partage et l’équité sont les valeurs qu’il prône dans chacune des ses œuvres.

A travers les treize toiles présentées dans l’exposition, on entre en immersion dans le monde allégorique et expressif de l’artiste. Les tensions et altérations que l’on retrouve dans ses personnages évoquent une critique de la société alors que les attributs, emblèmes et représentations de divers fétiches révèlent une forte croyance en l’humanité et ses traditions.

Le dyptique Capitale wallah région (La Capitale ou la région) illustre cette dualité entre urbanité et ruralité. On assiste à l’autopsie de deux personnages et de leurs préoccupations. Au cœur de leur abdomen, des symboles traduisent leurs priorités. Pour l’homme rural, il s’agit d’engins agricoles, de la terre, de bestiaux, de la pluie ou de l’hivernage. Pour l’homme urbain, il évoque l’électricité, l’eau courante, des actes de consommation ou des moments en société comme les repas. Ces constats symptomatiques de notre monde contemporain appellent à la réflexion. Comment se fait-il que l’humanité, en dépit de ressources planétaires suffisantes et de prouesses technologiques sans précédent, ne parvienne pas à faire en sorte que chaque être humain puisse se nourrir, se vêtir, s’abriter, se soigner et développer les potentialités nécessaires à son accomplissement ?

Cette réflexion élémentaire résonne en lui comme une urgence. Il observe son environnement en gardant un leitmotiv : définir et valoriser ce qu’il y a de meilleur en toute chose. L’idéologie de Kassou Seydou prône une vie en harmonie avec soi même et son environnement, seule solution pour vivre en harmonie avec les autres. Aussi diverses que soient nos sociétés, nos religions, nos cultures ou nos traditions, l’humain par ses actions doit tolérer, accepter, observer avec bienveillance ce monde multiple. La récurrence des symboles fertiles de la nature comme la végétation, religieux comme la croix ou le croissant, animaliers comme la chèvre ou le caïman, nous renvoie à l’importance des coutumes forgées par les hommes à travers les siècles et de la culture dans l’équilibre du monde. Une société a besoin de la culture pour se construire et avancer. Elle vise par essence la formation de l’homme, la propagation des connaissances humaines et la construction des États. Élément vital d’une société dynamique, elle s’exprime dans la manière de raconter les histoires, de fêter, de rappeler le passé, de divertir et d’imaginer l’avenir. C’est cette expression créative qui aide l’homme à se définir et à voir le monde au travers des yeux des autres que Kassou Seydou expose ici.