Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River
Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River
Eija-Liisa Ahtila, Fishermen (études, n°1)
Francis Alÿs - Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River
Pierre Huyghe - A Journey that wasn’t
Zhou Tao - After Reality
John Akomfrah - Mnemosyne
Bouchra Khalili - The Mapping Journey Project
Allan Sekula - Lottery of the Sea
 The Atlas Group I Think It Would Be Better If I Could Weep the Operator #17 (Anonymous)
Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River Vidéo, 7’43’’ 2009 © Francis Alÿs

Une exposition de films et de vidéos proposée par Marie Muracciole


John Akomfrah, Mnemosyne, 45’, 2010.
Francis Alÿs, Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River, 7’43’’, 2009.
Eija-Liisa Ahtila, Fishermen, (études, n°1), 5’34’, 2007.
The Atlas Group, I Only Wish That I Could Weep (cat.FD)_Weep_Videotapes_001_006, 6’18’’, 2000.
Neil Beloufa, People’s passion, lifestyle, beautiful wine, gigantic glass towers, all surrounded by water, 11’, 2011.
Pierre Huyghe, A Journey that wasn’t, 21’41’’, 2006.
Bouchra Khalili, The Mapping Journey Project, 2008-2011, installation vidéo, 8 vidéos.
Allan Sekula, Lottery of the Sea, 180’, 2006.
Zhou Tao, After Reality, 13’08’’, 2012.

Les films et les vidéos de cette exposition traitent tous de situations liées au monde marin – ils ouvrent des espaces de flottement, de déplacement. L’eau peut figurer un décor idyllique ou une force abyssale. Moyen de survie, de circulation, d’exploration et de conquête, elle contient parfois une promesse de liberté, une frontière à franchir. Mais les océans, les ports, les fleuves sont aussi des lieux de perte et d’oubli. Des phénomènes contemporains – les migrations de l’exil, le fantasme d’un monde unifié et accessible qui a donné naissance à la globalisation – naviguent à la surface des mers. Les films de cette exposition parlent de l’espoir d’une vie meilleure et du désir d’exotisme, des rêves de prospérité et du risque économique qui leur fait pendant, des naufrages, de la fascination des profondeurs et de quelques formes modernes d’odyssées.
Le mouvement des images invitera les visiteurs à naviguer entre différents paysages et différentes formes de récits. Ces images décrivent un horizon où passent les échanges et le commerce, qui est aussi celui d’une grande réserve d’imaginaire et de résistance humaine.

Mécaniques des fluides : un parcours

 « Grandir dans un port, cela prédispose à nourrir des idées bizarres sur la matière et la pensée. (…) Les bateaux explosent, coulent, ont des voies d’eau et des collisions. Il y a des accidents tous les jours. Il faut compter avec la pesanteur.
Les compagnies aériennes au contraire favorisent la toute puissance de l’esprit. C’est pourquoi le directeur des aéroports de Los Angeles est payé bien plus cher que le directeur des ports. Le directeur des aéroports doit beaucoup réfléchir, jour et nuit, pour faire tenir tous ces avions en l’air. »
Allan Sekula.

L’exposition Mécaniques des fluides débute avec une image qui passe en boucle, celle du départ en mer d’un bateau de pêcheurs. Les hommes luttent contre la force de vagues qui les repoussent interminablement. Fishermen (études, n°1), de Eija Liisa Ahtila, 2007, est un film documentaire très bref réalisé au Bénin, pensé à la manière d’une « esquisse » préparatoire. Son passage répété donne à un incident du quotidien une résonnance sisyphéenne et donne le ton d’une exposition consacrée à notre relation avec la part la plus importante de la surface du globe, le monde de la mer, et qui passe par l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, le pôle Nord et la Chine.

C’est la première fois que la galerie Cécile Fakhoury présente à Abidjan une exposition entièrement dédiée au film et à la vidéo. Les écrans ont envahi l’espace et des univers artistiques très différents nous plongent dans des récits de la vie contemporaine. On traverse différents espaces de projection alternant des séquences rapides ou plus méditatives. On passe d’une fable sur les échanges entre l’Europe et l’Afrique (Francis Alÿs) à une parabole sur l’horizon (The Atlas Group), puis à de stupéfiantes « relectures » des cartes du monde méditerranéen (Bouchra Khalili). Des projets exploratoires (John Akomfrah, Pierre Huyghe, Zhou Tao) côtoient une investigation radicale des usages de la mer (Allan Sekula) et une étrange apologie de la vie sur les côtes (Neil Beloufa). Tous ces films articulent propos documentaire et narration poétique. À partir du « lieu commun » que constitue le monde marin, Mécaniques des fluides convoque différentes réflexions sur ce qui s’y passe, le plus souvent très loin de notre regard. Les films sélectionnés parlent des bateaux, des côtes et des ports, mais aussi de la mythologie ou des stéréotypes du voyage, du fantasme de l’horizon, des politiques de l’économie et de l’exploitation humaine sur la mer.

Le cinéma est un lieu où l’on peut rêver dans le noir, s’identifier, se projeter, se laisser emporter vers des domaines habituellement inaccessibles. Il nous propose d’avoir accès à l’utopie : un idéal qui n’existe pas et suscite notre désir. L’utopie réalisée est ce que le philosophe Michel Foucault désignait par le terme d’« hétérotopie » en donnant le bateau pour exemple : « un morceau flottant d’espace, un lieu sans lieu, qui vit par lui-même, qui est fermé sur soi et qui est livré en même temps à l’infini de la mer ». Le bateau est un espace hybride et prodigieux, un lieu clos autosuffisant et qui se rattache à la fois à une multiplicité de lieux, une figure qui héberge notre imaginaire et lui offre une matérialité en multipliant des liens avec le monde concret. L’écran de la projection cinématographique est lui aussi un espace flottant, un objet stable et trivial par lequel on accède à des milliers d’expériences. Le temps de Mécaniques des fluides, vous pourrez vous embarquer pour des destinations inconnues et vous confronter à différentes manières d’être présent au monde, vous pourrez expérimenter une navigation intérieure et lointaine à la fois, à votre échelle et à votre rythme.