Fébé dite Procureur
Fébé dite Procureur
Vue de l'exposition ''persona''
Vue de l'exposition ''persona''
Vue de l'exposition ''persona''
Vue de l'exposition ''persona''
Vue de l'exposition ''persona''
Vue de l'exposition ''persona''
Vue de l'exposition ''persona''
Fébé dite Procureur Technique mixte sur toile 185 x 95 cm 2015 © Yéanzi

La galerie Cécile Fakhoury présente la première exposition personnelle de l’artiste ivoirien Yéanzi, intitulée persona*.

* Persona: Masque, substitut de la réalité. Personnalité empruntée. Personnage imaginaire

Yéanzi vit et travaille à Bingerville près d’Abidjan. Cet environnement rural est son atelier.
Á l’extérieur, au quartier, il cherche, rencontre, écoute, il collecte les histoires qu’il réinterprète à travers ses œuvres. Il capte des séquences, il cadre un regard, une attitude, un corps dans un mouvement. Il peint ces portraits, ces figures et silhouettes qui appartiennent à son quotidien. Ce réseau social proche et tangible est un point de départ. En premier lieu, il remarque la personne, puis il glisse vers sa personnalité. Se focalisant sur l’image qui s’active en chacun de nous, qui s’exprime dans le dialogue avec l’autre. Ici c’est un surnom porté qui donne un rôle, le pseudonyme qui permet de se distinguer des autres membres du gang. Ce blase, ce faux nom avec lequel on tente de se construire un destin, au moins aussi bien que le message qu’il illustre.

Le tout-monde, tout-quartier, c’est l’univers de cette jeune génération vivant dans les zones de Korhogodougou, Berlin, Vietnam, Beverly Hills. Reflets de cet esprit libre et créatif, lié à des territoires, à des références lointaines, fantasmées. Elles parviennent jusqu’ici, elles se font échos dans ce monde enclavé. Cette fureur, cette dynamique passe par la musique, les groupes de rap, les danses dans les clips vidéo, les marques de sport, les T-shirt de foot, les signes, les codes et salutations sur fond de claquements de doigts maîtrisés. Finalement, du Bronx à Barbès en passant par Poy, Abobo ou Adjamé-Bingerville, ce sont des destins croisés, la transposition d’une réalité ghettoïsée à une autre.

Pour que l’individu tende vers son identité remarquable. Comme à la scène, une fiction-réalité avec tous ces figurants. Yéanzi utilise leur témoignage, il consigne leur histoire sur une toile recouverte de coupures de journaux, sur des bribes d’actualités qu’il peint en couches successives, passages, tumultes, estompes. Une peinture sans pinceau. Par le feu, la matière plastique se fait couleur, contrainte à se transformer, à endurer les passages de la flamme et à déposer un peu de sa matière sur le support. Des contours comme pour percer à jour le mystère de ce qui nous donne la force de se redéfinir constamment. L’action de semi-combustion agit comme un balancement entre la pensée et le corps. Ce qui se perd, ce qui résiste, ce qui s’imprègne.

Yéanzi relie chacun de ces visages, de ces postures qu’il recrée à une histoire qui résonne en canon. Une réécriture de l’image de l’individu, à deux voix, de son ombre, de sa mémoire active et passée, de son devenir projeté. Une pseudo-identité comme un masque, un cache. Un mensonge d’espoir contenant toutes les aspirations et les rêves, de la banalité, vers un désir de singularité.