Les performances de In Minor Keys placent le corps au centre, comme un lieu de savoir et de mémoire, mais aussi comme un vecteur politique de résistance collective et de guérison. L’invitation est à respirer et à écouter la musique qui réside dans l’eau, l’air, le feu et la terre. Le mouvement, le son, les formes d’errance et d’autres gestes poétiques viennent contrer la frontalité scénique, se reliant directement aux espaces de l’exposition, à ses visiteurs, et s’étendant jusqu’aux Giardini della Biennale et au Giardino delle Vergini à l’Arsenale.
Une procession de poètes aura lieu dans les Giardini della Biennale, inspirée de la Poetry Caravan de Koyo, un voyage qu’elle entreprit en 1999 avec neuf poètes africains, de Dakar à Tombouctou. La performance honore sa mémoire et ouvre un espace dédié à la poésie et au récit. Elle rend hommage aux griots ; à ceux qui cherchent la source ; à ceux qui, selon les mots de Koyo, « ont transporté le sel et l’or sur le dos des chameaux, dans le désert, et dans les pirogues, accomplissant le rêve humain de déployer les ailes du savoir et du pouvoir. Ils ont rejoint ceux qui, pendant des siècles, ont porté les histoires des peuples et de leurs vies ».
En route de Dakar à Tombouctou, les poètes récitaient et incantaient pour appréhender les territoires traversés, apaiser la fatigue et conjurer le danger. Dans les jardins de Venise, les poètes se rassembleront pour former un chœur investi du pouvoir des mots, porté par l’élan du récital et de la guérison spirituelle.
À l’origine de tout commencement, il y a des mots. Les mots sont des ponts vers l’autre. Les mots sont une révélation à soi-même. Les mots flottent dans l’air, passent des langues aux oreilles au gré des vents, les mots pénètrent le sol comme un engrais clandestin, leurs sons, rythmes et mélodies parfumant l’atmosphère.
–– Koyo Kouoh, 2000
Extrait du texte de la Biennale par l’équipe de Koyo Kouoh.