Nourrir les débris @ Brasseries Atlas, Bruxelles, Belgique: Assoukrou Aké
Nourrir les débris
Nous vivons un temps où la peur s’impose comme horizon et comme méthode.
Disparition des chants et des sols, des mémoires et des libertés, contraintes par des politiques qui se durcissent à l’extrême. Ce constat nous oblige à nous inscrire dans le Monde au travers de formes qui rendent visibles les pertes et qui ouvrent des gestes de résistance.
Nourrir les débris, c’est refuser le fatalisme des catastrophes qui nous guettent. C’est chercher la place des vivant·e·s dans ce qui vient. C’est un dialogue entre un lieu et soi. C’est l’observation de processus empreints de lenteur où l’attention portée devient une modalité indispensable. La décélération, la décroissance, la résurgence sont des outils contre le démantèlement de tout espoir pour les êtres du futur.
Quelle porosité se dessine entre la disparition de ce qui est maintenant et l’invention de ce qui vient ?
Pour une humanité en crise, quelles formes s’inventent à partir de ces survivances, de ces mutations ?
Trouver refuge dans l’archive, les mémoires.
Appréhender un renouveau permanent.
Collecter les suppositions,
Pour après.
Nos interventions dressent des états des lieux sensibles entre fascination et tendresse pour les débris. Sans fétichisme, elles documentent les disparitions, les deuils, les résurgences, les joies. Elles accueillent des preuves sensibles. Les propositions donnent prise, elles construisent des seuils et des repères, des espaces/temps liminaux. Le lien se renforce, le regard ne suffit plus. D’abord muets, les corps résonnent. Ce n’est pas l’addition de formats mais la volonté d’un même souffle, un souffle continu, traversant la durée de l’exposition.
Le doute et l’émerveillement s’entremêlent.
Des refuges observés et imaginés.
Des hypothèses face à la dépossession.
Une ancre pour celleux voué·e·s à l’effacement.
Un témoignage, pour ne pas oublier
De la contrainte se dessinent nos métamorphoses.
Vivre avec.
Les artistes invité·e·s nourrissent un regard singulier aux croisements de l’impassibilité et des réinventions. La pensée de cette exposition s’inscrit dans une parenté critique attentive aux conditions politiques et écologiques du présent. Nous retenons d’Hannah Arendt que l’action et l’apparition sont des commencements possibles. Dans un espace commun menacé et transformé, ces apparitions supposent une manière de tenir dans un refus catégorique de l’anesthésie.
Nous faisons avec des contraintes, des doutes et des contextes. Il s’agit de rendre visibles les coûts, les impensés. Il s’agit de supposer des marges d’action. Notre recherche est ouverte et multidisciplinaire. Elle ne représente pas une fin mais une tentative pour désapprendre des automatismes. Les formes se croisent pour proposer un sens, une traduction aux mouvements du Monde, à l’affaiblissement des structures de soin. Face à la chute, les déploiements sont multiples.
Il est question de respirer
Avec celleux qui restent,
Avec celleux qui manquent.
C’est faire place aux traces,
Préférer la relation, la présence.
Ici, on éprouve ce que nous avons à défendre et ce que nous sommes prêt·es à transformer. Nous cherchons des commencements plus que des fins depuis et pour les lieux peuplés de l’invisible.
Des manières de tenir ensemble.
Artistes invités : Eve Champion, Victoria Kennett, Anatole Mélot, Assoukrou Aké, Shirley Nirina, Cécilia Goodman, Milena Desse, Emile Barret et Juan José Lopez.
Curateurs : Maxime Delalande et Bastien Courdavault / SURGIR asbl
