Ivoire Cinéma @ Musée des Cultures Contemporaines Adama Toungara: Carl-Edouard Keïta

28 Mai - 27 Septembre 2026 
Présentation
L ’idée est partie de ce fait que je pense qu’il y a toujours quelque chose qui nous habite
intérieurement, qui se chevauche avec la réalité et qui entretient une certaine relation avec notre éducation, l’éducation que nous avons reçue. Cette éducation peut avoir une
importance très marquante sur nous-mêmes. On peut en être, en quelque sorte, prisonnier. On est éduqué très jeune et lorsque l’on arrive à l’âge adulte, on se libère de cette éducation et de son poids pour prendre soi-même les rênes ; et là, souvent, l’éducation nous maintient encore. Il y a alors deux mondes qui se chevauchent en vous, et c’est ce côté qui m’a beaucoup intéressé pour mes films.
 
Timité Bassori, à propos des films Sur la dune de la solitude (1964 ) et La femme au
couteau (1969) - Entretien conduit par Marie-Hélène Banimbadio Tusiama et
Carl-Edouard Keïta en février 2025.
 
Les premiers films ivoiriens réalisés après l’indépendance, entre les années 1960 et 1970, se situent dans un entre-deux. Les frontières entre le réel et le surnaturel, l’Afrique et l’Occident, ou encore entre les différentes classes sociales, ne cessent d’être franchies. À travers ces récits, les cinéastes s’attachent à définir les contours d’une identité ivoirienne en formation, hybride et traversée par de multiples influences. Leurs productions dressent ainsi un portrait saisissant de nouvelles formes de sociabilités et de relations amoureuses qui émergent de cette société en pleine construction.
 
La première partie de l’exposition, sous le commissariat de Léa Barron et Marie-Hélène Banimbadio, consacrée à la période allant de 1960 à 1972 réunit une sélection de films de Timité Bassori, Désiré Écaré, Henri Duparc et Roger Gnoan M’Bala. Une seconde partie, pensée en collaboration avec l’équipe du MuCAT explore les décennies suivantes à travers une sélection autour des productions des cinéastes Fadika Kramo Lanciné et Philippe Lacôte.
 
Retirés de leur contexte initial et présentés ensemble pour la première fois, ces films tracent une image inédite de la modernité ivoirienne. En leur sein se dessinent les contours d’une identité nationale et d’une mémoire à la fois collective et intime,dont les échos continuent de résonner aujourd’hui. En effet, les préoccupations de leurs personnages, les tensions entre tradition et modernité, les mutations sociales ou les
aspirations individuelles, demeurent profondément contemporaines. Plutôt que de considérer ces films comme de simples archives témoignant d’une époque révolue, l’exposition propose de les réactiver à travers un dialogue avec la création artistique contemporaine avec des artistes ivoiriens basés à Abidjan et issus des diasporas. Elle explore la manière dont le cinéma, comme l’art, permet de traverser les frontières entre les dimensions, les espaces et les temporalités. En mettant en regard ces productions, l’exposition cherche à faire émerger les lignes de fracture et les continuités qui traversent l’histoire culturelle ivoirienne. Connaître ce passé cinématographique apparaît essentiel pour comprendre les possibles contemporains, sans pour autant l’idéaliser ni le sanctuariser. Les œuvres actuelles entrent ainsi en résonance avec le travail de ces pionniers, prolongeant leurs questionnements et inscrivant ces discussions dans une perspective historique au regard de notre présent.