Si Dalila Dalléas Bouzar soulève la question de l'identité, elle la laisse se dire par la voix de la chair, de la trace à même la peau. En reliefs délicats, dans le sourcillement des traits du pinceau et de la graphie, dans les vibrations de sa peinture, son geste assuré est parfois interrompu. L'image révèle alors sa fragilité, la figure tient son mouvement en équilibre.

 

Avec retenue, chaque personnage porte en suspens sur son visage les expressions qui s'inscrivent au passage du temps et de son historicité. Le noir en contraste se fait matière d'où jaillit la lumière, dans une esthétique classique réinventée au fil des émotions restituées. Les vides laissés, les traits inachevés par endroit font planer une mélancolie et l'envie d'y reconstruire une part de soi, d'écouter l'écho qu'ils diffusent. Les mystères qui s'immiscent transfigurent l'intensité du monde caché, du cosmos, du mythe.

 

Dans un jeu de rôle, elle dispose, subtilise, dissout la matière pour en conserver indéfiniment l'empreinte en mémoire. L'artiste se fait tour à tour victime et coupable de la disparition des traces de son passé. 

 

"Autoportrait, portrait d'enfant, dessin de chambres d'hôtel et d'architecture, sculpture d'enfant en béton, pingouin guerrier en plâtre, couleurs, vert, terre d'ombre, ombre naturelle, terre de sienne brûlée, bleu de prusse, cereleum, outremer, blanc de Titane, blanc de zinc, rose, rose chair. Le but de ma peinture est la recherche du rose chair. Le rose de la peau, de la chair. L'obsession du rose. Le rose me fait penser au cannibalisme. Manger de la chair humaine. Se manger soi-même. Le tabou. Depuis que j'ai commencé la peinture, je peins des autoportraits, comme s'il s'agissait d'une déclaration ou pour me convaincre que j'existe. Algérienne, d'un papa maçon immigré en France, j'admirais l'art de loin. La peinture, art ultime et sacré à mes yeux a toujours été tabou. En faisant de la peinture, je me libère. Je me libère de mon histoire et de l'histoire du monde qui veut qu'une africaine issue des colonies européennes doit faire du multimédia et parler de l'actualité et surtout pas de la peinture personnelle. Le dessin est ma base, la peinture mon expression courante, la sculpture le prolongement naturel."

Dalila Dalléas Bouzar

 

Image : Untitled #5, série Ma demeure, 2019