Progresser dans une exposition de l'artiste, c'est se plonger dans la vie contemporaine, vibrante et parfois violente des rues d'Abidjan.

Des silhouettes abstraites nous accueillent. Elles nous escorterons d'une scène de vie à l'autre. Leurs visages sont sans détails, pourtant elles nous regardent intensément et nous font face avec la placidité de ceux qui ont tout vu et tout vécu. Certains d'entre eux ne sont pourtant que de jeunes gens, tout juste tirés d'une enfance passée dans la rue où Armand Boua les a rencontré et où ils ont l'habitude de passer du temps ensemble.

L'artiste puise dans son quotidien ses sujets picturaux et abreuve sa peinture des rencontres humaines dont il fait l'expérience. Le choix d'une représentation abstraite des personnages qui peuplent ses toiles, contours épurés de silhouettes, permet à l'artiste de se détacher de l'immédiateté de la dénonciation pour inscrire sa démarche dans une temporalité et une géographie universelles, ouvertes à de multiples lectures.

Sous la main de l'artiste, la rue devient alors un champ de représentation épique. La composition et le cadrage serré des toiles d'Armand Boua leur donnent une dimension photographique. Les scènes, saisies sur le vif prennent sur la toile l'immanence d'icônes contemporaines. Les silhouettes peintes en noir sont entourées de halos colorés comme de puissantes auras qu'un passage en négatif aurait révélées, créant une atmosphère vibrante et floue de laquelle émergent des visions aux frontières de l'hallucination.

 

La fulgurance des peintures d'Armand Boua ne dit pourtant rien du long travail de création plastique. Chacune d'elles est composée de plusieurs couches de matière - journaux, papiers, cartons - que l'artiste assemble, colle et peint avant de les délaver et de les brosser dans un geste cathartique.

Au coeur de ces toiles devenues palimpsestes se lisent alors des brides d'une urbanité contemporaine placée sous nos yeux par l'urgence d'un geste esthétique qui n'est pas sans rappeler la démarche des Affichistes.