L'Esprit du large - Chapitre II: Group Show - Abidjan

27 Septembre - 30 Novembre 2019

Après le premier volet de l’exposition L’Esprit du large présenté à Dakar pendant l’été 2019, le second chapitre de l’exposition collective s’installe à la galerie d’Abidjan en Côte d’Ivoire. L’Esprit du large est une invitation à voir au loin, à décloisonner les regards et les savoirs ; une invitation aux rencontres à la croisée des chemins. Pour ce deuxième chapitre, les installations des artistes changent d’échelle et répondent à leur nouveau contexte in situ. Jouant sur le dedans/dehors de la galerie, la hauteur des cimaises et l’ampleur des volumes, les œuvres tissent entre elles des liens poétiques au gré des imaginaires des artistes et s’abordent sans ordre imposé pour nous inviter à penser de nouvelles itinérances.

 

Les lettres arrondies et la douceur de la lumière du néon de Dimitri Fagbohoun pourraient rendre l’objet décoratif si le mot inscrit n’était pas si lourd d’histoire. Le mot « nègre » se tient ici comme une enseigne lumineuse familière, celle d’un commerce à l’ère de la globalisation contemporaine dont les formes adoucies et léchées pourraient séduire, mais dont le fond reste violence. Exorciser le poids de l’histoire en prononçant le mot - nègre - et en en faisant un outil sémantique riche pour panser une identité contemporaine. Dimitri Fagbohoun exprime un rapport à l’histoire dans lequel son écriture dérange les modèles qui la constituent.

 

Sadikou Oukpedjo puise dans les mythes de diverses cultures pour donner corps et matière à ses figures anthropomorphes. Les toiles Nouvelles mythologies #11 et Untitled sont traversées par l'invisible et sa puissance, par l'inconnu et le caché. Sadikou Oukpedjo s’inscrit dans une démarche qui questionne nos origines profondes répondant ainsi au besoin humain d'accéder à la connaissance de soi au moyen de tentatives multiples et ancestrales : cosmogonie, rites, sorcelleries. L’artiste se fait alors magicien, maître, illusionniste, savant.

 

Chiffres, formes mais aussi textures et tissus composent le langage plastique de Ouattara Watts. Chaque toile de l’artiste est un microcosme dynamique, partition en négatif des cultures qui composent son univers : musique jazz, traditions et rites africains, numération abbjad et guématria hébraïque pour ne citer que quelques unes de ses influences. Door of the Cosmos #1 et #2, Farafina #2, et Untitled sont des voyages visuels et spirituels. Ouattara Watts explore dans sa peinture les liens immatériels qui transcendent géographie et nationalités.

 

Les toiles de Dalila Dalléas Bouzar s’imposent à nous avec l’assurance d’une chorégraphie mille fois répétée. Parade rituelle, incantatoire ou guerrière, la puissance du corps féminin est scandée avec force. Les ciels, en proie à leur humeur propre, surplombent chacune de ces silhouettes. Ils semblent être les extensions de ces âmes sorcières-guerrières. Les gestes de leur chorégraphie sont dépositaires d’un savoir ancestral. Interrogeant dans sa pratique les codes de la représentation en peinture, Dalila Dalléas Bouzar n’a de cesse de réintroduire dans ses œuvres les figures dissidentes d’une histoire vernaculaire.

 

Poursuivant une réflexion constitutive du travail de Jems Koko Bi sur les notions d’espace et d’histoire, Retour est la vision d’un exode positif, débarrassée des stéréotypes tragiques souvent associés aux migrations contemporaines. L’œuvre est une procession vers la maison ; aux murs bâtis de nos désirs, de nos espoirs, et de nos mains. À la fois sculpteur et performeur, Jems Koko Bi mélange des influences avant-gardistes à son histoire résolument africaine. Homme trait d’union entre la tradition et le contemporain, l’Afrique et l’Europe, la Côte d’Ivoire et l’Allemagne, Jems Koko Bi pratique un art de la traversée et établit des passerelles là où les mondes se séparent.

 

La série de photographies réalisées par François-Xavier Gbré au Bénin en 2012 célèbre, à travers ses images énigmatiques, la puissance ambiguë que peut prendre un symbole de mémoire. La statue de la Réconciliation à Cotonou au Bénin située sur l’esplanade de la Porte du Retour incarne la responsabilité des états dans le commerce triangulaire. Deux statues similaires existent à travers le monde, Liverpool au Royaume-Uni et Richmond aux États-Unis, traçant ainsi par ces trois lieux une géographie physique et symbolique. Des vestiges coloniaux aux paysages modifiés par l’actualité, François-Xavier Gbré explore des territoires et revisite l’Histoire.

 

Burey Bambata (Les grands nuages) de Yo-Yo Gonthier est une ode collective à rêver. Dans cette vidéo, épopée visuelle tournée à la caméra Super 8, Yo-Yo Gonthier fait se rencontrer les rêveries fantasques d’un artiste comme inventeur génial et la richesse sémantique ancrée dans l’histoire de coutumes vernaculaires qui touchent tant à l’histoire personnelle de l’artiste qu’à celle d’une partie de l’Afrique. Il prend comme protagoniste de la vidéo le Nuage, cette sculpture de tissu de plusieurs mètres réalisée en 2013 et réactivée à plusieurs reprises lors de performances dont on retrouve la préparation dans les photographies de carnets et maquettes. Photographe plasticien, Yo-Yo Gonthier questionne l'effacement de la mémoire dans une société occidentale où la vitesse, le progrès et la technologie semblent être les valeurs essentielles.

 

Les toiles de Vincent Michéa font résonner dans l’enceinte de la galerie les notes entrainantes de Fax Clark et François Lougah. Au sommet de leur carrière dans les années 1970, ces artistes évoquent une histoire musicale à la croisée des cultures. Depuis plusieurs années, Vincent Michéa peint à l’acrylique des pochettes de vinyle. L’artiste a peu à peu constitué une anthologie visuelle des musiques d’Afrique de l’Ouest, consignant à travers l’histoire personnelle de ses rencontres et affections pour ces musiques, celle plus générale d’une culture populaire dont certains pans ont aujourd’hui disparu.